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Le discernement toujours

Photo du rédacteur: Alain Bergonzoli
Alain Bergonzoli
il y a 4 heures
3 min de lecture

Par Alain Bergonzoli


Une ancienne aspirante de Savatan, devenue policière, m’a interrogé au début du mois d’octobre, quelques semaines avant que je quitte la direction de l’Académie. L’exercice avait quelque chose de particulier. Répondre aux questions de celle que l’on a formée oblige à dire les choses simplement, sans le confort du vocabulaire institutionnel. Certaines de ces réponses méritent d’être prolongées ici.


Apprendre à réfléchir avant d’agir


Former un policier ne se réduit pas à lui enseigner une technique d’intervention. Tout commence bien plus tôt, dans sa manière de lire une situation, de peser ce qu’elle exige, de choisir la réponse la plus mesurée parmi celles dont il dispose. Nous avons, au fil des années, considérablement développé l’enseignement de la psychologie appliquée, de l’éthique, des stratégies de désescalade. Le dialogue évite le recours à la force bien plus souvent qu’on ne l’imagine.


Cela n’autorise aucune complaisance. Un policier doit être préparé aux scénarios les plus durs, comme le sportif d’élite s’entraîne au-delà de ce que la compétition lui demandera jamais. Se préparer au pire, espérer le meilleur, tout faire pour que la situation ne dégénère pas. Voilà ce que j’appelle une formation professionnelle exigeante.


Force doit rester à la loi.


On a parfois reproché à Savatan d’être trop militaire. Si la rigueur, la discipline, le respect, la cohésion méritent ce qualificatif, alors je l’assume sans réserve. Mais la discipline ne vaut que par la mission qu’elle sert. Une hiérarchie n’a de légitimité que si elle apporte quelque chose à celles et ceux qu’elle conduit. Un grade confère une autorité. Il ne garantit ni la compétence ni le respect. Commander, c’est expliquer, convaincre, accompagner, montrer l’exemple. Cette conviction dépasse de loin le monde policier.





Une jeunesse qui mérite notre confiance


Chaque aspirante et chaque aspirant passé par l’Académie, je l’ai reçu individuellement. Dix-huit années de ces entretiens m’ont plus appris que bien des rapports.


Contrairement à ce que l’on entend, mon regard sur les nouvelles générations est confiant. Elles questionnent l’autorité, réclament des règles claires, veulent comprendre le sens de ce qu’on leur demande. Et alors ? Ces jeunes ont grandi parmi les crises sanitaires, les guerres, les bouleversements technologiques, une inquiétude profonde sur l’avenir. Ils en ont conscience. Beaucoup veulent agir. Reste que l’autorité ne se décrète plus. Elle se démontre, chaque jour, devant eux.



Ce dont on ne parle pas


Les interventions qui finissent mal occupent l’espace public. Le quotidien, non. On parle peu de ces recherches d’enfants disparus, retrouvés après deux ou trois jours d’angoisse, qui ne feront jamais la une. On parle peu de la violence intrafamiliale, de la détresse, de la misère humaine, qui ne se rencontrent pas seulement dans des pays lointains.

Derrière l’uniforme il y a des femmes et des hommes exposés à tout cela, semaine après semaine. C’est pourquoi la vocation policière doit reposer sur une motivation profonde, celle d’être utile et de protéger les plus vulnérables. Le reste suit.



Un chapitre, pas une retraite


Plus de 3 000 policières et policiers conduits à l’examen de première année, environ 800 assistantes et assistants de sécurité publique formés. Ces chiffres sont ceux d’une équipe, jamais ceux d’un homme.


Ma fierté tient ailleurs. Elle tient à ces jeunes gens arrivés avec leur motivation et leurs incertitudes, repartis avec la maturité professionnelle qui leur permettra de tenir debout sur le terrain.


Quitter cette institution ne va pas sans tristesse. Mais le mot de retraite ne me convient pas. Les missions qui s’ouvrent, notamment à l’international, dans la sécurité, la justice, le renforcement des institutions, prolongent exactement ce que j’ai conduit jusqu’ici. Les terrains changeront. Les convictions, non.


À la fin de notre entretien, mon interlocutrice m’a rappelé une formule lâchée pendant la préparation. Mourir debout. Elle peut paraître excessive. Elle dit pourtant l’essentiel. Nous sommes de passage et le temps qui nous est donné doit servir à quelque chose. Personne ne change le monde seul. Chacun peut le rendre un peu moins rude.

Alors continuons. Agir, apprendre, transmettre. Jusqu’au dernier souffle.



Alain Bergonzoli

Ancien directeur de l’Académie de police de Savatan. Conseil, formation et coopération internationale dans les domaines de la sécurité, de la justice et de la gouvernance.


 
 
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